C’est vraiment si différent de la vraie vie, les réseaux sociaux ?

tell-everyone

Stupeur et tremblements : alors qu’hier encore ils postaient des selfies en amoureux qui transpiraient la guimauve et les paillettes, un couple d’amis vient de se séparer.

Je suis sûre que je n’ai même pas besoin de m’étendre sur la conversation qui a suivi, on les connaît bien les maux attribués aux réseaux sociaux. Ils nous font oublier toute notion d’intimité, ils nous éloignent les uns des autres, tout n’y est qu’apparence, ils nous rendent obsédés par notre identité … Et ce n’est pas l’histoire d’Essena O’Neill, cette australienne hyper connue sur Instagram qui a fait parler d’elle en déclarant que toute sa vie online était truquée et embellie, qui nous fera penser le contraire !

Ok, mais est-ce que notre comportement sur les réseaux sociaux est vraiment si différent de notre comportement pré-Facebook ?

On reformule plusieurs fois nos phrases, on retouche nos photos, on est une personne différente sur Facebook que sur Twitter, on a un compte Instagram pour les amis et un pour son blog … Il serait compliqué de dire qu’on est parfaitement honnêtes et entiers sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas qu’on mente, c’est plutôt qu’on se mette légèrement en scène, qu’on décide de ce qui ne sortira pas des coulisses.

« Mise en scène », « coulisses », le choix de la métaphore théâtrale n’est pas une figure de style de ma part. Je reprends volontairement les mots d’Erving Goffman, sociologue américain. Mais ce brave Erving ne parlait pas des réseaux sociaux. Vu qu’il est mort en 1982, il aurait eu du mal ! Lui, il s’est intéressé à la façon dont on se comporte dans nos interactions quotidiennes en face à face, censées être siiiiii différentes d’Internet. Et figurez-vous qu’il notait déjà ces mécanismes qu’on attribue maintenant aux utilisateurs des réseaux sociaux.

Pour lui, on peut distinguer des moments de « scène » et des moments de « coulisses ». Dans les premiers, on adopte le rôle qui nous semble le plus adapté à la situation pour pouvoir produire l’effet qu’on veut. Parfois on est « un étudiant », parfois « un passager de train », « un ami », « un parent », « un rencard » … On est d’accord qu’on n’est jamais exactement pareil dans toutes ses situations là, n’est ce pas ? Et pourtant on ne ment à personne, on s’adapte seulement à la situation et à ce qu’on sait intuitivement qu’on attend de nous. J’ai beau aimer les jeux de mots à deux balles, je n’en fait pas avec mes profs (ils ne savent pas ce qu’ils ratent). Dans les seconds, les coulisses, on peut exprimer toutes sortes de sentiments bruts et ne pas faire attention à ce qu’on dit ou ce qu’on fait. Ça marche pour quand on est tout seul, mais aussi avec certaines personnes très proches.

Vu sous cet angle, les réseaux sociaux ne sont pas beaucoup plus « faux » que la vraie vie, ils représentent juste un contexte social particulier avec ses codes et ses normes. De la même façon que les jours d’oraux je suis toute pomponnée, je ne vais pas poster un selfie de moi un jour de gastro où je n’ai rien fait d’autre que regarder Parks & Recreation en gémissant que la vie c’est trop dur.
En fait, l’idée de Goffman est qu’il n’y a pas un seul vrai Moi, unique, inchangeable sous peine de mentir, mais plutôt une identité flexible qu’on construit et reconstruit en fonction du contexte. Et si c’est valable dans la « vraie vie », ça l’est sûrement sur Internet.

 Sources :
 La Mise en scène de la vie quotidienne, Erving Goffman (1959)
***

Ça vous parle, cette distinction scène/coulisses et l’idée d’une identité flexible ? Vous les utilisez comment les réseaux sociaux ?

 

4 réflexions sur “C’est vraiment si différent de la vraie vie, les réseaux sociaux ?

  1. lilithbliss dit :

    Cette distinction scène/coulisses me parle totalement ! On ne se comporte pas forcément de la même manière devant telle ou telle personne mais cela ne veut pas pour autant dire que ce n’est pas « nous » et que l’on ment. En tant qu’être social, l’être humain doit s’adapter en fonction de l’entourage, des liens qui l’unissent ou non à d’autres personnes ect… Et puis, le caractère, la personnalité joue également. Une personne timide ne se comportera pas de la même façon devant des « camarades », des collègues, des inconnus, que devant ses amis et sa famille…Et pourtant elle reste la même, elle ne ment pas.
    J’aime bien cette notion d’identité flexible 🙂

  2. ellye dit :

    effectivement j’utilise twitter et pinterest aussi pour mon blog. En même temps sur twitter, il n’y a pas tellement de raison pour qu’on te suive autrement. A la base, j’y étais juste pour suivre les gens qui m’intéressaient. Maintenant, je l’ai un peu développé mais n’y passe guère de temps. Pour moi, pas de grande surprise quand cette personne a affirmé que les photos étaient truquées: en vrai on ne se balade pas toujours bien habillé avec un photographe aux basques, si? :p

    • Klavdeia dit :

      C’est vrai que c’est étonnant que tant de personnes semblent tomber des nues en apprenant que non ce qu’on montre sur Instagram etc. n’est pas la vraie vie, surtout dans le cas de quelqu’un qui en a fait son métier comme Essena O’Neil. J’ai l’impression que c’est plutôt évident que oui comme tout le monde elle a des mauvais jours et parfois elle ne fait rien de ses journées, juste il n’y a aucun intérêt à le montrer quoi !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s